Stefirst – Made in Ardecho

La betterave plurielle

Pour mon anniversaire, Nours m’avait invité au « 7 », le célèbre bistrot tenu par Anne-Sophie Pic. Ce qu’il m’avait caché jusqu’à l’ouverture des cadeaux, c’est qu’il avait aussi prévu un repas au restaurant gastronomique de la dite dame. Et ce vu donc samedi, en l’honneur de notre anniversaire à nous deux, que nous nous sommes attablés dans ce grand lieu.
Je pense que les mots vont me manquer pour décrire les sensations gustatives qui ont comblé cette soirée. Rien ne serait assez dithyrambique pour vous faire l’énoncer de ce que nous avons pu ressentir.  Je vais pourtant essayer de vous donner quelques pistes.
Il a été clair, je pense, que dès notre arrivée, le personnel s’est rendu compte que nous n’avions décidément pas l’habitude de fréquenter pareil endroit. Une fois assis, nous n’osions pas bouger, plutôt mal à l’aise dans ce décor. Très vite nous nous sommes détendus pour goûter pleinement aux plaisirs qui ne tardèrent pas à arriver sur notre table.
J’avais rencontré Anne-Sophie Pic il y a presque trois ans, lors d’un cours de cuisine qu’elle donnait alors dans son école « Scook ». J’avais pu apprécier la femme humble, timide, accessible et d’une gentillesse incroyable qu’elle était. J’étais admiratif, j’en devenais fan. Et lorsqu’elle s’est présentée à notre table samedi soir, pour venir nous saluer, j’ai fait mon Stefirst, le même qui avait fait surface devant le prix Goncourt il y a quelques semaines. Impossible de sortir un mot et un sourire niais sur le visage, au grand dam de Nours qui voulait m’entendre lui exprimer toute l’admiration qu’elle m’inspire.
La qualité des plats servis était au delà de toute espérance. Et je pense que le fait que le chef soit une femme amène une sensualité et une douceur dans les arômes que n’ont sans doute pas ses pairs masculins.
Allez, assez attendu, il faut que je vous donne le menu qui nous a été servi :

L’amuse bouche (crème brûlée de foie gras servie avec une mousse de grany smith)

La carotte et la fleur d’oranger (fine gelée et mousseux à la carotte, yaourt brassé à la fleur d’oranger et Voatsiperifery)

La betterave plurielle (textures fondantes et crémeuses au café Blue Mountain acidulé d’épine vinette)

La Saint Jacques normande (cuisinée en légère amertume de réglisse, anguille fumée, tombée de trévises rosa vénitienne et flamme)

Le Saint Pierre de petits bateaux (à la vapeur douce de menthe poivrée, râpée de truffe noire, asperge de Mallemort minute)

Le chevreuil (noisette légèrement fumée à la vanille de Tahiti, choux anciens, jus corsé)

Le brie de Meaux revisité

Le citron et la baie de genièvre (en combinaison crémeuse et mousseuse, sorbet et jus de citron)

Je passe sous silence les diverses mignardises qui ont accompagné ces plats, mais elles étaient toutes aussi succulentes.

Une mention sera donnée à la sommelière qui s’est occupée de nous. Les vins avaient été prévus pour s’accorder parfaitement avec nos mets ; un Condrieu et un Côte-Rôtie. Ses conseils de dégustations et les descriptions qu’elle a pu nous faire des plats, et de la cuisine en général, d’Anne-Sophie Pic, tout en finesse et en justesse, ainsi que son sourire, sa pétillance et sa fraîcheur ont contribué à faire de cette soirée une magnifique expérience qui restera pour longtemps au Panthéon de ma mémoire.

Et bien sûr, ce billet ne serait pas complet si je ne disais pas 1000 fois merci à mon Nourson d’amour pour m’avoir emmener là. Tu sais toujours trouver les attentions qui me font chavirer. C’est aussi pour ça que je t’aime.

Il est toujours un peu difficile, voire douloureux, de revenir ici. Surtout quand on n’a pas écrit depuis bien longtemps. Souvent, je me pose la question de savoir si je continue à alimenter ces pages, si je ne laisse pas mourir ce blog de sa belle mort. Et puis je culpabilise. Voilà plus de 6 ans que, bon gré, mal gré, je tiens la barre, au rythme très irrégulier de mes humeurs.

Personnellement, je continue à lire pas mal de blogs, de ceux que j’ai découverts il y a bien longtemps (je suis fidèle) et d’autres, plus neufs. Pourtant, j’ai senti une vraie évolution. Ce qui se voulait légèrement intimiste, se voit, maintenant beaucoup plus « généraliste », voire, se sont transformés en blog de critiques, que ce soit littéraire, cinématographique ou autre, ce qui a enlevé un réel intérêt à ma lecture. Et puis il y a ceux qui disent au revoir, mais qui renaissent ailleurs. Et ceux qui disent « coucou » de temps en temps.

L’envie d’écrire ici est toujours présente. Mais je ne sais plus quoi raconter. Mes états d’âmes n’intéressent que moi. Et même si les mois de novembre et décembre n’ont pas été très joyeux pour Nours et moi, je n’avais pas envie d’en faire étalage ici.

Je vais quand même attendre un peu avant de marquer le mot « fin » ici. Je vais voir. Peut-être d’ailleurs que je ne le marquerai jamais, mais qu’il sera sous-entendu.

Je suis conscient que grâce à mon blog, j’ai rencontré des personnes chères à mon coeur aujourd’hui. Et j’aurai l’impression de les trahir un peu si j’arrêtais. Pourtant, quand je relis les derniers mois, je me rends compte qu’il n’y a pas beaucoup de moments gais ici. Alors qu’en fait, j’en ai eu tellement dans ma vie. Il est vrai que mon moral n’est pas au beau fixe en ce moment. Certaines mauvaises nouvelles sont venues assombrir cette fin d’année. Quand je me rends compte de la noirceur de certains de mes billets, je me rappelle d’un sujet de dissertation que j’avais eu en fac : « La littérature occidentale est-elle la littérature du triste ? » J’avais adoré ce sujet.

Je crois que ce que j’ai envie pour ce blog, c’est d’un peu de couleur dans mes mots. Partager mes moments de bonheur. Il y a trois jours, nous avons fêté nos 9 ans de mariage de PACS avec Nours. Pas un mot ici. Pas voulu prendre le temps d’en mettre un pour vous faire partager cet instant important à nos yeux. Juste un message sibyllin sur les réseaux sociaux. Ces fameux réseaux sociaux qui ont pris le pas sur nos blogs à tous. On y est, on y lit, on y commente, on y écrit. On remplace…

Quitte à tenter le diable une seconde fois

Mme Eva Joly,
Depuis quelques jours, vous faites parler de vous, soit par votre absence, soit par votre colère, j’irai jusqu’à dire, par votre mauvaise foi.
Il y a encore une ou deux semaines, vous sembliez à mes yeux, la candidate quasi-idéale : intègre, honnête, sans langue de bois. J’avais même envisagé de voter pour vous au premier tour, quitte à tenter le diable une seconde fois (la première fois où je n’ai pas voté pour le candidat de gauche au premier tour, mais pour un petit candidat histoire de lui faire un papier de plus à compter, ce fut en 2002 ; on connaît tous les deux la suite).
J’ai bien écrit au passé : ‘ »J’avais envisagé de voter pour vous… ». Votre comportement actuel ,à la limite d’être anti-démocratique, m’a profondément déçu, ainsi que votre côté « glacial du nord ».
Je m’explique. Les militants de votre partis ont signé un accord avec le PS pour faciliter la victoire de la gauche, de tous les partis de gauche, en mai prochain. Et là, vous êtes en colère et vous lancez des scuds à la tronche des socialistes parce que vous n’avez pas obtenu tout ce que vous désiriez, sans rien concéder de votre côté.
Pourtant, vous qui avez été juge d’instruction, puis femme politique, vous n’êtes pas sans savoir qu’un accord ne peut contenter un côté plus que l’autre et qu’il faut faire des concessions, comme dans un couple. Et bien non. Madame est en colère parce qu’on n’a pas voulu couper toutes ses petites centrales nucléaires. Les socialistes ont quand même avancé vers vous sur ce dossier. Eux qui ne voulaient en fermer aucune veulent bien le faire pour les plus anciennes. C’est quand même pas si mal comme avancée, non ? Et puis, il sera toujours temps d’en négocier plus quand vous serez au pouvoir, puisque justement, vous en aurez, du pouvoir.
Mais non, Madame Joly fait sa mauvaise tête, lâche des insultes dans les médias et boude comme une gamine capricieuse.
Vous semblez découvrir ce qu’est la politique, Mme Joly. Elle est faite, en effet, de lobbies puissants, qu’il faut amadouer, et d’accord, quelques fois à minima pour ensuite aller vers le maxima. Le but que vous avez en commun à l’heure actuel avec les socialistes n’est-il pas de faire tomber la droite en 2012 ? Alors, serrez un peu les fesses, avalez une ou deux couleuvres, souriez un peu plus et marchez main dans la main avec F. Hollande, au moins jusqu’au palais de l’Elysée. Il sera toujours temps de crier au parjure ensuite, quand vous pourrez les menacer de ne pas voter leurs différents projets de lois à l’assemblée lorsque vous ferez partie de la majorité de gauche.
Madame Joly, vous que je pensais intelligente, faites montre d’une bêtise crasse à l’heure actuelle. Et à la vue du comportement peu exemplaire que vous avez aujourd’hui, je ne serai pas loin de penser qu’en fait, vous êtes à la solde de Sarkozy. Oui, réellement, aujourd’hui, je ne serai pas surpris d’apprendre que vous roulez pour lui.

A l’heure où je vous écris cette lettre ouverte, je pense que je ne voterai pas pour vous au premier tour. Mais il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Cet adage vaut pour vous autant que pour moi.
Bien à vous.
Stefirst.

P.S. : je viens juste de recevoir sur mon téléphone l’information comme quoi votre porte-parole démissionnait. Je m’aperçois que je ne suis pas le seul à penser que vous faites une grosse bêtise.

Je crois que j’ai mal, là

Voir partir ce gamin me met à chaque fois le moral dans les chaussettes. Après 4 jours passé avec lui, à le choyer, à l’embêter, à rire, à jouer, à regarder des films avec des supers héros dedans, il va s’en aller, emportant ma bonne humeur avec lui.

Dès qu’il arrive, il me surprend. Il a grandi, ses cheveux ont poussé (encore un clone de Justin B.), son vocabulaire change aussi, mais pas son regard ni même son visage. Il est moins demandeur de câlins, mais toujours autant d’attention. Il reste encore un peu naïf et tombe facilement dans les pièges que nous lui tendons (pour Halloween, ça sera brocolis et choux de Bruxelles ; va te déshabiller, il faut qu’on essaye ton costume de citrouille pour aller faire le tour des voisins ce soir), mais pour combien de temps encore ?

Il commence à prendre le détachement « jem’enfoustiste » des ados, mais on sent dans ses yeux qu’il ne s’en moque pas tant que ça. Bien entendu, on profite encore un peu de sa taille pour le soulever, le chatouiller, et le menacer de lui couper les jambes au niveau des genoux le jour (trop proche) où il me dépassera.

Hier soir, avant de se coucher, dernières recommandations d’usage. Sois sage avec maman. Continue de bien travailler à l’école. Et surtout, appelle si tu as besoin. « Oui, oui, je sais, tu me l’as déjà dit » fut sa seule réponse, mais son sourire disait bien autre chose. Et surtout, surtout, lui répéter qu’avec TontonLô nous sommes fiers de lui, c’est tellement important qu’il l’entende.

Ce matin, lorsque je suis parti, il dormait encore. Et ce soir, lorsque je rentrerai, il ne sera plus là. Je crois que j’ai mal, là.

Jusqu’au jour où…

L’un des derniers billets de Chiboum m’a fait prendre conscience que ça faisait déjà plus de 12 ans que j’avais arrêté de fumer.

Et autant vous le dire tout de suite, la lutte contre l’envie est de tous les instants, même après tant d’année.

J’étais plutôt un gros fumeur. Un paquet et demi par jour en moyenne. Des fois plus, des fois moins. Mais je pouvais faire des kilomètres le dimanche soir pour trouver un bureau de tabac ouvert lorsque ma réserve passait dans le rouge. Il est vrai qu’habitant Grenoble à l’époque, la chasse était grandement simplifiée.

Je fumais depuis l’âge de 13 ans. Des Ségolènes mentol légères. Beaucoup de fumeurs vont faire une grimace, et toute la stratégie était là. On ne me taxait pas, ou rarement. Le mentol fait fuir beaucoup de monde, alors qu’au bout d’un certain temps, on ne le sent même plus.

Je m’étais fait une promesse : j’arrêterai le jour où j’aurai un travail fixe, définitif.

Le 1er septembre 1999, j’entrais dans la fonction publique. J’ai allumé ma première cigarette de la journée en préparant mon café, machinalement. Je savais que la seconde, je la fumerai en me rasant. Pourtant, tel ne fut pas le cas ce jour-là. Je l’ai écrasée, puis j’ai mis mon paquet à la poubelle. Il était presque plein, je l’avais acheté la veille au soir.

« Trop simple », me suis-je dit. Je suis allé reprendre le paquet et je l’ai mis dans le vide-ordure.

Depuis, je n’en ai pas retouchée une seule. Et contrairement à Chiboum qui a l’air de bien le vivre, c’est un combat quotidien. Je ne compte plus les fois où je me suis arrêté devant un bureau de tabac. Je ne compte plus les fois où j’ai dis à Nours que j’avais envie d’en griller une. Le pire c’est en voiture ou devant mon ordinateur. Là, le manque se fait toujours cruellement sentir. Pourtant, je n’ai jamais replongé, pas une seule fois… pour l’instant.

Je ne sais pas si arrêter, comme je l’ai fait, d’un coup, comme ça, est une bonne solution. Ca a marché pour moi. Comme le dit si bien Nours, quand je prends une décision, je suis un Ayatollah, je ne déroge pas à la règle que je me suis fixé. Jusqu’au jour où j’en prends une autre, à l’inverse de la première.

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