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Samedi, j’ai rencontré Laurent Binet

Samedi, j’ai rencontré Laurent Binet.

Cet été, j’ai lu dévoré son roman HHhH. J’en ai eu plein la bouche longtemps. J’ai aimé le style, l’histoire, mais surtout ce qui se dégage derrière, cette incroyable douleur qu’est d’enfanter son premier roman.

La manière dont Laurent Binet a pu intégré sa propre histoire, la propre écriture de son livre à celle de l’opération Anthropoïde (qui avait pour but d’assassiner Heydrich, l’homme le plus dangereux du IIIème Reich) relève à mes yeux d’un talent incroyable. Depuis extrêmement longtemps je n’avais pas été aussi dithyrambique à propos d’un roman. Je pense sincèrement qu’outre le sujet principal de l’œuvre, ma formation littéraire m’a aidé à apprécier les techniques littéraires mises en place par l’auteur, ses cruels dilemmes et ses tripes posées sur la table sans pour autant qu’il y ait une seule fois une manière d’exhibitionniste quelle qu’elle soit.

HHhH a eu le Goncourt du premier roman l’année dernière et je trouve ça parfaitement justifié.

Samedi, j’ai rencontré Laurent Binet.

Je m’en faisais une fête depuis plusieurs jours.

Il était aux Cafés littéraires de Montélimar, venu parler de son livre. Et nous l’avons écouté pendant presque une heure, répondre aux questions, très bien trouvées, de son interlocuteur. Puis est venu le temps des dédicaces. J’ai acheté un exemplaire de l’ouvrage (celui que j’avais lu étant en numérique, il me semblait difficile de faire dédicacer mon Ipad) et je me suis mis derrière les diverses personnes qui attendaient la même chose que moi. Tout un chacun lui disait quelques mots, lui parlait d’une anecdote sur la guerre pour les plus anciens ou  même, lui conseillait un ouvrage pour approfondir son savoir sur le sujet qu’il avait traité (je doute sincèrement qu’il en eut besoin). Vient mon tour. Et là, devant les yeux médusé de Nours, qui voulait me prendre en photo avec l’homme avec lequel je l’avais saoulé pendant toute notre semaine en Espagne, j’ai murmuré mon prénom en regardant mes chaussures, et dans un merci à peine perceptible, j’ai fui.

Samedi, j’ai rencontré Laurent Binet.

J’avais pourtant tant de chose à lui dire. Ou au moins combien j’avais aimé son livre. Peut-être même que ça lui aurait fait plaisir. Mais je ne m’en sentais pas digne. Qui suis-je, moi, petite chose insignifiante pour parler à un homme qui a eu le prix Goncourt et qui, à mes yeux, et si l’avenir le confirme, est l’un des talents les plus prometteurs de littérature française ? C’est dans des moments comme ceux-là que je me rends compte que l’opinion que je peux avoir de moi-même n’a pas beaucoup évolué en fait.

Je me suis trouvé très con ensuite, devant les remarques narquoises et les moqueries de ma moitié. En effet, j’aurai pu lui parler quelques instants, lui dire ce que j’avais pensé de son livre. Juste un mot ou deux. Pas plus. Je n’ai pas pu. Je n’ai pas su.

Samedi, j’ai rencontré Laurent Binet. Et je ne lui ai rien dit.

Catégorie : Non classé
  • dom a dit :

    « moi, petite chose insignifiante », ça ferait un super titre pour ton premier roman moi j’dis et tu sais combien je t’aime tout ça quoi hein ?
    ha comme c’est bon de rire parfois, oué nan mé c’est parce qu’au début je voulais blaguer avec « J’en ai eu plein la bouche longtemps » mais bon après on va encore dire que chui un obsédé (ce qui par ailleurs est vrai) donc du coup je reste soft.
    Bon pis si ma Betty nationale passe par là, j’ai caché des bisous rien que pour elle dans ce commentaire…
    :lol:

    3 octobre 2011 à 20 h 01 min
  • Laurent Binet a dit :

    « Ou au moins combien j’avais aimé son livre. Peut-être même que ça lui aurait fait plaisir. »
    Eh bien vous venez de le faire et oui, votre enthousiasme me fait plaisir et votre timidité me touche (même si elle me semble, en l’occurrence, tout à fait immotivée !).

    4 octobre 2011 à 0 h 44 min
  • Stefirst a dit :

    Merci beaucoup pour ce commentaire. Mais vous savez, la timidité ne se commande pas… ;-)

    5 octobre 2011 à 9 h 46 min
  • dom a dit :

    C’est vrai ça moi-même l’étant (timide bien évidemment et je tue le premier qui dit le contraire), c’pô facile de considérer celui qui impressionne comme un humain normal, accessible et tout et tout, auquel on peut parler comme si on avait fait communale avec…
    Hein ? Bah pourquoi j’irai dehors puisque je fume plus ?
    Lé tout pô bien lui, nan mé ho !

    5 octobre 2011 à 20 h 07 min
  • calhews a dit :

    Il n’a pas eu le Prix Goncourt mais le Goncourt du premier roman, ce qui n’est vraiment pas la même chose…

    6 octobre 2011 à 8 h 30 min
  • Stefirst a dit :

    C’est exactement ce que j’ai mis… Et ce n’est peut-être pas la même chose, mais je trouve que c’est tout de même prestigieux.

    6 octobre 2011 à 9 h 40 min
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    La betterave plurielle

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