Archives Chroniques de l'administration ordinaire

La bourde

Je suis quelqu’un d’assez polyvalent au travail. Je suis, par exemple, capable de traiter les demandes des usagers et de répondre au téléphone en même temps, surtout lorsque c’est ma directrice qui appelle. La conversation se termine pendant que je traite la demande d’une dame en face de moi.

- C’est tout, me questionne Mlle la Directrice à l’autre bout du fil.
- Oui. Y’a juste la nouvelle qui a appelé ce matin, tu sais, Marguerite* Machintruc, pour savoir si elle pouvait passer la semaine prochaine pour voir le travail.

A ce moment là, la dame en face de moi sourit gentiment et me lance : « Je suis Marguerite* Machintruc ! »

Évidemment, ça ne pouvait arriver qu’à moi ce genre de chose. Sur des milliers d’usagers, je tombe pile poil sur la bonne.

* Le prénom a été changé.

Suis-je si effrayant que ça ?

Lorsque l’on rentre d’un long week-end et que nos collègues de travail ont eu la bonne idée de mettre au dessus de notre bureau une affiche de cinéma, on s’attend à quelque chose de bien, de joyeux, un truc qui nous représente. Je m’imaginais Superman, Spiderman, Les X-Men, Bambi à la limite. Non. J’ai eu droit à ça :

Du coup, on bougonne, on dit qu’ils auraient pu nous mettre autre chose. Puis on regarde en détail. Et là, on s’aperçoit ce pense réellement nos collègues de nous :

En même temps, je me demande si ça ne me plait pas un peu au fond :twisted:

Le baiser

Je les vois tous les deux. Ils sont dans la salle de travail, au milieu de tant d’autres qui révisent leurs examens, préparent un concours ou simplement veulent un peu de silence pour lire et apprendre.

Lui est assis sur un de nos bureaux, chaque pied posé sur une chaise. Elle est glissée entre ses jambes, collée à lui. Ils s’embrassent goulument. Je suis certain qu’ils n’ont pas 18 ans.

Je m’approche.

- Monsieur, je vous demanderai de bien vouloir descendre de ce bureau. Et j’aimerai que vous ayez une tenue correcte. Nous sommes dans un lieu public.

Elle s’écarte de lui pendant qu’il me lance un regard flirtant avec le 2 de tension.

J’adore jouer mon sarkoziste mon réactionnaire de base alors même que je les trouvais si mignons tous les deux.

Mais en même temps, que pouvais-je faire d’autre ? Connaissant certains de mes collègues relations de travail, il valait mieux qu’ils tombent sur moi.

La colère (Barbara)

Mode Garfieldd on

Démente, mais lente,
Je me déplace lentement,
Mes hanches balancent,
J’ai un couteau entre les dents,
Ma bouche, si douce,
Crache le feu et les serpents,
La folie, la furie,
Je hurle vengeance,
Je n’épargnerai rien, attends.

Mode Garfieldd off

En ce moment, je suis en colère. Plus que d’habitude. Problèmes professionnels. Je ne vais pas rentrer ici dans les détails, mais en résumé, on nous enlève quelques avantages que nous avions, le tout avec l’accord d’une bonne partie des employés, prêts à baisser leur culotte pour se faire bien voir, et moi je ne suis pas d’accord.

Pour avoir fait plusieurs stages de formations, je sais exactement ce que je suis en train de vivre, car, comme pour l’annonce d’une mort imminente, le changement (qui est perçu par l’être humain, lorsqu’il n’est pas un changement volontaire, mais subi, comme une sorte de décès) passe par plusieurs phases : celle du dénie, celle de la colère et celle, enfin, de l’acceptation. Je suis à l’heure actuelle dans la seconde phase et j’avoue, que, je vais attendre, résigné la troisième.

Le souci avec moi, c’est que la colère s’accompagne régulièrement d’accès de rage assez violents. J’essaye de me contrôler le plus possible, mais lorsqu’on me balance des absurdités ou des arguments qui ont sur moi un effet épidermique, j’éclate. Et Nours a raison sur un point : dans ces cas là, mes arguments passe à la trappe, aussi bons soient-ils, et l’on ne se souvient plus que de ma gueulante. Ensuite, je rentre dans un mutisme assez profond. Le cancer que je suis (le signe zodiacal, pas la maladie ; j’en voyais déjà qui préparaient leur commentaire) rentre alors dans sa carapace et pince tout ce qui approche.

Mercredi dernier, une personne nous ramène le film Out of Africa. J’enregistre le retour en souriant et en commentant à notre cliente : « Ah ! Voici le film qui a fait pleurer des générations de femmes. » Elle sourit à son tour. Puis ma collègue A. derrière moi, m’avoue qu’elle aussi elle a pleuré en regardant ce long métrage et termine sa réflexion par : « C’est sur que toi, rien ne te fait pleurer. »

- Si, je pleure à chaque fois que je regarde Bambi.

- Et bien tu vois…

- Oui, je pleure parce que le chasseur loupe ce connard de faon débile.

Après ça, elle ne m ‘a plus parlé, ce qui était largement plus agréable vu l’état dans lequel je me radine au boulot en ce moment.

Il est certain qu’il faut que j’arrive à mieux me contrôler. Exercices respiratoire, penser à autre chose lorsque la colère gronde… Il faut que je trouve une réelle solution pour garder mon calme et pour que je puisse poser mes arguments de manière constructive afin qu’ils ne puissent être réfutés. En gros, le plus dur reste à faire…

Annonce sérieuse

Je connais une dizaine de personnes (hommes et femmes) prêtent à se faire fister avec deux bras et sans lubrifiant. Elles sont demandeuses et ne réclament rien en retour.

Si des producteurs allemands de films pornographiques underground sont intéressés, qu’ils me contactent.

(Si vous saviez le bien que ça m’a fait d’écrire ça !)

Comme c’est con

Comme c’est con d’appeler au boulot samedi matin, à 9h00, en disant que, vraiment, c’est pas possible, mais qu’on est trop mal et qu’on ne peut pas venir et de se retrouver le lendemain en photo couleur dans le journal, à la terrasse d’un café avec comme titre : Samedi - 11h00…

Comme c’est con.

C’est un coup à te retrouver sur VDM ça.

Je rassure tout le monde, je ne suis pas le principal intéressé.

Faux ami

Samedi après-midi, je vois arriver mon collègue R. légèrement gêné.

- Stefirst, est-ce que nous avons le contrôle parental sur nos ordinateurs professionnels ?

- Non. Il n’y a que ceux pour le public qui en sont équipés. Pourquoi ?

- Ben voilà, je faisais une recherche pour le boulot et je suis tombé sur la photo d’un… (petite voix basse) d’un pénis.

J’éclate alors de rire.

- Comment as-tu fais pour en arriver là ?

- Et bien, je recherchais des documents sur les couronnes et notamment les couronnes espagnoles, castillanes et catalanes. J’ai donc fait des recherches en français et en espagnol. En français, j’ai pas trouvé grand chose, alors j’ai tapé corones. Ca veut bien dire couronne non ?

- Non, R. Ca ne veut pas dire couronne. Ca veut dire couilles !

Cas de conscience

La semaine dernière, Mlle la Directrice s’approche de moi pour me poser « un cas d’école » selon ses propres termes : un usager de notre structure nous a demandé Mein Kampf.

J’ai appris que nous l’avions, mais qu’il n’était pas proposé dans notre catalogue puisqu’il se trouve aux enfers.

Mais voilà, nous l’avions et nous ne savions pas que faire. Mon collègue R. prônait le fait de le détruire et de ne plus posséder un tel ouvrage, point de vue largement compréhensible. L’usager n’avait qu’à aller en bibliothèque universitaire pour consulter un tel livre. Mlle la Directrice n’était pas tout à fait d’accord. Elle est donc venue vers moi pour avoir mon avis. Je le lui ai donné.

Pour moi, Mein Kampf, outre le fait que ce soit un ramassis d’immondices, est un ouvrage majeur de l’histoire du XXème siècle. Il est celui qui a soulevé des foules, qui est à l’origine de la doctrine nazi, de la seconde guerre mondiale et surtout, surtout, de millions de morts. Simplement par respect pour ces derniers, nous nous devions de l’avoir. Il faut que les gens sachent ce qui a pu déclencher de telles horreurs. Et puis le détruire ou le brûler, ne serait-ce pas faire exactement ce qu’ont fait les partisans d’Adolf Hitler ? Non, à mon humble avis, nous nous devons d’avoir ce livre, aux enfers, soit, et non catalogué. Et lorsqu’une personne le demande, ne serait-ce que pour des recherches historiques, nous le lui fournissons, en consultation sur place uniquement.

Et puis, ce n’était qu’un simple papy, comme a pu le dire Mlle la Directrice. Oui, mais à l’époque, on ne sait pas méfié d’un simple peintre en bâtiment…

Le temps de ne prendre que du bon temps est arrivé

Dans notre parcours professionnel, il y a des personnes qui nous marquent plus que d’autres. Soit par leur incompétence, et du coup on s’en rappelle après coup comme d’une bonne rigolade lors de diners entre copains, soit parce que justement c’est tout le contraire.

Il y a des personnes que vous ne pouvez qu’admirer, qui vous servent de modèle, par leur intégrité et leur professionnalisme. Leur gentillesse, leur soutient, leurs conseils. La liste serait trop longue ici.

J’en avais déjà parlé dans ces pages, il y a quelques temps.

Mais aujourd’hui, je dois lui rendre un dernier hommage. Oh ! Rien de bien terrible, je vous rassure tout de suite, c’est juste sa carrière qui s’achève. Parce qu’aujourd’hui, la Dame, prend sa retraite.

Donc, juste un petit mot pour lui la souhaiter très longue et très heureuse ! Et lui dire que maintenant, malgré un emploi du temps chargé, je le sais, elle arrivera surement à caser l’Ardèche dans ses bagages.

Et comme je sais qu’elle vient régulièrement ici, je vous laisse deux secondes, autres lecteurs. Là, c’est entre elle est moi que ça se passe.

Je vous embrasse bien fort et encore merci pour ce que vous avez été professionnellement et personnellement parlant, pour moi (et je le sais, pour les deux autres chipies aussi).

Réponse inattendue

Elle doit avoir une quarantaine d’années. Elle est petite, tout juste 1m50, au plus 40 kilos. Elle est blonde aux yeux bleus, ses cheveux longs reposant sur ses épaules. Elle semble fragile.

Elle dépose ce qu’elle nous rend et demande si sa réservation est arrivée. Je vérifie et en retour à ma réponse négative lance comme une bombe :

- Putain, ils font chier ! 2 mois qu’ils l’ont.

Mes yeux s’écarquillent. Je vérifie sur l’ordinateur et préviens, qu’en effet, ils ont du retard et que nous avons envoyé une première lettre de rappel.

- De toute façon, vous le reverrez jamais ce bouquin ! Ils ont du se torcher avec.

Comme quoi les apparences sont parfois trompeuses.