Quand le présent n’est vraiment plus le passé
Pendant notre séjour parisien, nous avons passé une soirée avec mes amis d’enfance et d’adolescence, B. et N.
Voilà bien longtemps que j’attendais ça. J’en ai parlé quelque peu ici même à plusieurs reprises, notamment là et là, me faisant une joie de les retrouver. Enfin, de NOUS retrouver devrais-je dire, car B., je ne l’ai jamais perdu de vue.
Par contre, N., cela faisait 15 ans que je ne l’avais pas vu. Je me souviens des craintes que j’ai pu avoir, des peurs de déplaire ou de ne plus être celui que j’avais été à 17 ou 18 ans. En même temps, il est normal que je ne sois plus tout à fait pareil, mais on espère toujours qu’il en reste quelque chose, non ?
Paradoxalement, ces craintes ne concernaient que ma propre personne, mais nullement mes compagnons de jeunesse. Pour B., je savais et c’est toujours avec beaucoup de plaisir que je le retrouve, accompagnée maintenant de sa femme et de son fils. Bidounours les aime énormément lui aussi et ne tarit jamais d’éloges sur la jolie H., épouse de B. Pour N., je devais espérer.
L’idée de nous retrouver enfin tous les trois, comme avant, me réjouissait. Je pense ne pas avoir été le seul. Les conversations que j’ai pu avoir avec B. ou H. me font croire qu’eux aussi, B., sans doute pour les mêmes raisons que moi, et H. parce quelle « aurait enfin la version des trois à la fois et plus que d’un seul ! »
Et la soirée est passée.
Je suis beaucoup trop naïf.
Je veux croire que l’amitié peut être quelque chose qui résiste au temps et aux aléas de la vie, surtout l’amitié vraie. De mes jeunes années, ils ne me restent que deux personnes, Careen et B. On se voit rarement, mais ils savent qu’en cas de besoin, je suis là pour eux, n’importe où et n’importe quand. Je sais que la réciproque est vraie. Sans doute ai-je voulu croire qu’en ce qui concernait N., cette fameuse théorie se trouverait confirmée. J’ai pris une claque et j’ai laissé ce qui fut les seuls moments vraiment heureux de mon adolescence derrière moi. Je ne parlerai pas de ce que je pense qu’il est devenu, ça le regarde lui et ce sont mes impressions personnelles (je connais assez le N. d’avant pour croire qu’elles sont justes, et Bidounours, en une seule soirée les a confirmées). Je rajouterai juste un point, très caractéristique chez moi. Lorsque N. est arrivé, je l’ai embrassé, heureux que j’étais de le revoir après tant de temps. Lorsque nous nous sommes séparés quelques heures plus tard, il s’est penché pour me faire la bise et j’ai tendu la main. Je ne connaissais pas l’homme que j’avais en face de moi. Il ressemblait vaguement à un ami très cher que j’avais connu il y a maintenant bien longtemps.
Je prie les dieux, moi qui ne crois plus personne
Je prie les dieux pourtant de croire en cet homme
Pour cet ange blessé
Je prie le ciel
De lui rendre ses ailes
Je prie les dieux, moi qui ne crois plus en rien
Je prie les dieux de lui tendre la main
Pour cet ange presque mort, je vous implore
Pour qu’il aime encore
Zazie, L’ange blessé




