Il n’est jamais facile de revenir dans un endroit où l’on avait l’habitude d’aller étant enfant. J’ai pu m’en rendre compte hier.
Je suis retourné dans la maison d’été de mes grands-parents paternels. Il existe, depuis la mort de mon père, de graves dissensions entre, d’un côté, ma sœur et moi-même, et de l’autre, mes deux tantes. Je ne les ai pas revues depuis bientôt 7 ans. Mais nous avons été amener à avoir des nouvelles indirectement, les uns des autres, par le notaire qui s’occupe de la succession de mes grands-parents. A l’origine du litige, une petite maison de village, dans le Gard, seul bien qu’ils possédaient. L’une de mes tantes veut racheter nos parts, nous n’y voyons aucun inconvénient. Le hic, était l’évaluation qu’elle en avait fait faire et que nous trouvions très en deçà de ce que nous avions imaginé. Colère, rancœur, notre entourage a eu droit à tout. Et nous avons décidé de ne pas nous faire avoir en proposant une somme qui nous paraissait plus proche de la vérité.
Hier, Bidounours, Axel et moi, sommes allés voir la maison. D’Aubenas, il ne nous faut qu’un peu plus d’une heure pour nous y rendre. Les souvenirs m’ont envahi directement. Je nous revoyais, ma sœur et moi, en pyjama, courir jusqu’au boulanger pour acheter nos ficelles toutes chaudes, l’odeur du bon pain envahissant nos narines. J’ai revécu aussi nos soirées sur la place du village, ou les courses que nous faisions dans le petit magasin d’alimentation, le seul à l’époque, et qui est toujours à sa place.
Je n’aurai jamais pensé que tout ceci m’affecterait autant. Tout ce que je pouvais ressentir à l’encontre de la famille de mon père est passé soudainement au second plan. Et bien entendu, quelques larmes ont coulé.
Mais ce qui m’a fait le plus mal, c’est de voir l’intérieur de cette petite maison à l’abandon. Rien n’a été fait depuis bien longtemps dedans, l’humidité à tout envahi, la peinture s’écaille, ça sent mauvais. Et du coup, mes tantes n’ont pas essayé de nous avoir quant aux prix qu’elles en demandent. Ce lieu dans lequel j’ai passé certaines de mes vacances d’été, me baignant dans la rivière toute proche, naviguant sur ce petit bateau en plastique, ce lieu où j’ai appris à nager à 4 ans, ce lieu n’était plus que l’ombre de lui-même.
Alors j’ai décidé, avec l’aide de Bidounours, de laisser mes souvenirs intacts et de leur laisser le seul bien qu’elles ont de leur famille, car ce n’est plus la mienne.