A star is born

Billet initialement daté du 17 juin 2005

Il y a quelques jours, j’ai entendu à la radio une émission qui parlait des lunettes de soleil. 68% des français n’en mettent pas régulièrement quand il le faudrait. Et surtout, le journaliste prévenait les parents qu’il était très important d’en mettre aux enfants.

Derrière ce prétexte de santé public, je décidais donc d’affubler le visage parfait de mon filleul adoré d’un accessoire de mode digne des playboys les plus irrésistibles, histoire d’ajouter à son charme naturel un côté mystérieux. Car, voyez-vous, les yeux c’est très important, il faut qu’il les préserve, et comment on fera plus tard quand il sera aveugle, peuchère ! Si on ne lui en achète pas aujourd’hui, il faut que l’on commande la canne blanche tout de suite ! (J’ai aussi le droit d’être hystérique de temps en temps lorsqu’il s’agit de la santé de l’enfant que j’élève et d’avoir un argumentaire qui tienne la route !)

Nous arrivons chez l’opticien. Oui, car, hors de question d’acheter ça sur un quelconque étal de marché, à 2 € la paire, posée entre des ceintures « Adidos » et des pipes à shit.

Nous arrivons donc chez l’opticien, Axel, Lofirst et moi-même (oui, on se déplace toujours tous les trois, histoire de faire chier les front-nationalistes avec notre famille homo parentale, qui n’en est une qu’une fois par semaine, mais ça, ils ne sont pas censés le savoir).

Moi : Bonjour. (Je suis très poli comme garçon). Vous auriez des Ray Ban, des Gucci, des Channel, des Vuarnet, des Polices ‘

La vendeuse de lunettes : Oui. C’est pour vous monsieur ‘

Moi : Non, c’est pour le monsieur là, fis-je en montrant d’un doigt le petit lutin placé à mes pieds, avec un sentiment de fierté face à cet être plus petit que moi, conscient qu’il ne le restera pas longtemps (je pense qu’à 8 ans, il fera déjà ma taille) au vu de ses mains. Car les mains des gosses, c’est comme les pattes des chiots, on voit tout de suite la taille qu’ils feront adultes. Et celles d’Axel sont énormes, on dirait celles de Sheila !

La vendeuse de lunettes : Nous avons des modèles pour enfants.

Et nous voilà partis dans le magasin, à essayer, à s’amuser, à s’affoler lorsque Axel a choisi un cordon rose, vite transformé en rouge par une phrase choc : « Le rose, c’est pour les filles ! » (je sais, on va s’attirer les foudres de toutes les associations défendant le droit de porter du rose même si on a la moustache, mais moi, le rose, j’aime pas ça, je trouve que ça fait Barbra Cartland).

Une charmante jeune femme emmène Axel choisir son boîtier, non sans que je lui ai demandé de planquer d’abord tous ceux de la couleur incriminée un peu plus haut. Elle demande à Axel de venir avec elle pendant que son papa va payer. J’adore ces moments là, lorsqu’on croit que c’est mon fils. D’abord parce que c’est le plus beau et puis parce que pour moi, c’est un peu vrai. Lui, détruit invariablement mon fantasme de paternité en avouant avec un sourire et un haussement d’épaules, comme si cette pauvre jeune femme était la reine des connes : « C’est pas papa, c’est parrain ! » Comment lui en vouloir du haut de ses 4 ans ‘

Et là, le choc.

Lofirst (sadiquement) : je croyais que tu avais fait tes comptes et que tu n’avais plus de sous.

Moi : Oui, mais là, c’est une question de vie ou de mort. On ne peut pas laisser cet enfant sans protection. Si je ne m’en occupe pas, c’est pas sa mère qui le fera. Elle n’a pas le temps ! (Argument choc de la mère d’Axel lorsqu’elle aurait dû faire quelque chose et qu’elle a complètement oublié de le faire). De toute façon, tu as raison. Je paye avec le compte commun, parce qu’avec le mien, je ne peux pas.

Lofirst (grand prince) : laisse, je lui les offre ses lunettes.

Il est gentil ce tonton Lo !

Alors, c’est pas le plus beau ‘



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