Stefirst – Made in Ardecho

« Je mange pas de la bouffe d’arabe, moi ! »

Les résultats de dimanche m’ont assommé. Je sais ne pas être le seul, mais à ce point là, je n’aurai pas cru. Je tente de me rassurer en me disant que c’était un vote de mécontentement et qu’une fois que la crise commencera à faiblir, le taux de vote pour le parti d’extrême droite suivra le même chemin. Mais je me dis aussi que le prochain président, quel qu’il soit, aura intérêt à ne pas se planter, sinon, ça sera une autoroute pour la blonde- fille-de-son-père.

Dans notre village, elle a fini deuxième. Juste derrière FH. Mais pas loin derrière, non, non. Elle le colle à la culotte de manière honteuse. Notre village qui n’a pas du voir l’ombre d’un arabe depuis leur défaite à Poitiers et qui est loin de connaître les taux de chômage de certaines villes. Alors quoi ? L’ignorance ? La bêtise ? Sans doute un peu de tout ça. Il faut savoir, que chez nous, on est ouvertement raciste. Aucune honte. Que je vous raconte la fois où, il y a plus de cinq ans, nous sommes allés prendre l’apéro chez nos voisins les plus proches qui nous l’offraient pour nous souhaiter la bienvenue.

Tranquillement, ils nous racontaient un peu le quartier, l’histoire de notre maison et vient le moment où elle a été mise en vente par les anciens propriétaires. On nous avoue alors avoir été très attentif et très inquiet quant à l’identité de futurs acheteurs. « Parce qu’on veut pas de gris ou de bougnouls à côté de chez nous ! ». Là, t’essaye de faire bonne figure et de désamorcer la bombe avec un peu d’humour. « Pas de chance, vous avez eu un couple de mecs ! ». La réponse fuse : « On préfère deux mecs qui s’enculent plutôt que des melons ! » L’ambiance entre voisins s’est quelque peu refroidie depuis. Parce que, dans la conversation bêtifiante, on nous dira aussi n’avoir jamais mangé de couscous parce que « je mange pas de la bouffe d’arabe, moi ! ». Ne croyez pas avoir à faire à un couple en difficulté, chômeur de longue durée, peu d’étude, tout ça tout ça. Non, tout le monde travail, de bons revenus pour être tranquille. Simplement la bêtise et l’ignorance. Encore une fois. Même pas la peine d’argumenter ou de discuter. C’est gens là ont raison et nous, pauvres cons, on verra bien quand ils nous auront envahi.

C’est vraiment ce qui a affolé Nours en arrivant en Ardèche du sud. Cet espèce de racisme ambiant qui ne se cache même pas. On l’affiche fièrement.

Le département voisin, celui du Gard, a même mis la blonde-fille-de-son-père à la première place. Ca m’a fait peur. Les fachos sont à nos portes. Un raccourcis bien facile, je le concède, mais suffisamment effrayant pour ne pas que j’oublie que le combat est de tous les jours. Car ne rêvons pas, nous autres (je parle de ceux qui se reconnaissent sous la bannière arc-en-ciel), on est aussi dans le collimateur de ces gens-là. Et je me dis que l’idée de remettre des postes d’enseignements sur le marché n’est plus une option, mais une nécessité absolue.

Hier soir, m’énervant une nouvelle fois contre ces résultats, j’éructe d’un coup : « Ils sont bien contents de les trouver tous les étrangers, ces cons de gardois, lorsqu’il faut ramasser leurs cerises, leurs pêches, leurs raisins ou leurs melons. Je serai au gouvernement, j’interdirai à toute ville ou département aillant mis en 1ère place la blonde-fille-de-son-père toute embauche d’un travailleur étranger. On verra s’ils en trouvent des « bons français » qui se foutent à quatre pattes pour ramasser leurs légumes ou leurs fruits. On va s’marrer ». La réponse de Nours ne s’est pas faite attendre. « Toi, au gouvernement et la France devient une dictature encore plus rapidement ». Oui, sans doute. Mais une dictature où les libertés individuelles sont primordiales et où les français assez cons pour voter à l’extrême droite seraient mis au piloris ! Que les choses soient claires !

(Pour étayer un peu les dires de Nours, le dimanche matin, devant un mec à la télé qui se vantait de ne pas aller voter parce qu’il avait des trucs plus urgents à faire (ce gros connard étant en maillot sur la plage), je me mets à hurler : « je t’y collerai 50 000€ d’amende moi, à tous ces français qui prennent le droit de vote à la légère et 1 an de prison ferme. J’te leur ferai passer l’envie de ne pas aller voter ! ». Je crois que Nours a raison, faut pas que j’entre dans un gouvernement).

De la neige au sommet du col

Voilà un petit moment que je ne suis pas venu écrire quelques mots ici. L’excuse du temps qu’il manque est toute trouvée, même si je le prends, ce matin, afin de donner quelques nouvelles.

Un peu la tête dans le guidon au boulot, ce qui est très bien. Beaucoup de projet, beaucoup d’ambiance, beaucoup d’intérêt. Pourvu que ça dure. Et puis quand je rentre, l’envie d’être tranquille, de me prélasser, de faire des trucs qui ne servent pas obligatoirement à grand chose, surtout quand ils sont un prolongement de ce que je fais au travail tous les jours, ce qui fait beaucoup rire Nours.

Et puis les beaux jours qui sont venus. Qui sont repartis aussi. Ce matin, de la neige au sommet du col de l’Escrinet, sur cette route que je fais tous les jours. 35 minutes pour me rendre au bureau. Certains parmi vous me dirons que ce n’est rien. Et en effet, ce n’est pas grand chose comparé à ce que j’ai pu connaître à Grenoble. En plus, ça roule. Et 35 minutes pour faire 35 kilomètres, sur une route qui n’en finit pas de tourner, c’est plutôt une bonne moyenne avec ma petite voiture orange.
Cette route, c’était un peu le point noir quand j’ai accepté ce nouveau travail, il y a déjà 7 mois. Le passage du col est réputé, d’un côté comme de l’autre. Il représente une véritable barrière, séparant le nord du sud du département. Pourtant, je ne m’en suis pas encore lassé. Je ne dis pas que ça ne viendra pas, mais pour l’instant, je le (re)découvre. La végétation change tous les jours, la luminosité aussi, le soleil un peu plus présent à son sommet chaque jour. Le brouillard qui peut tout cacher où, quand il est aidé par l’astre de feu, peu colorait sa nappe d’un rouge vif incroyable. Et en ce moment, les arbres qui se couvrent de fleurs et de feuilles (souvent dans cet ordre), l’herbe qui reverdit enfin, aidée par les quelques pluies salvatrices qui tombent depuis le début du mois. En fait, cette route, elle représente un sas pour moi, avant et après le boulot. Le matin, je mets ma musique à fond, je chante à tue tête et j’arrive en forme. Le soir, j’écoute plus volontiers les podcasts que j’ai téléchargé. Le temps est plus long à ce moment là. Un peu plus de circulation. Il m’arrive de mettre quelques minutes supplémentaires, voire un bon quart d’heure.
Une de mes connaissances m’a avoué un jour avoir fait cette route pendant plus de vingt ans et ne s’en être jamais lassée. Et pour l’instant, je comprends pourquoi…

Sans réelle conviction

J’attendais cette nouvelle campagne présidentielle avec impatience. Pour plusieurs raisons. La première étant, bien entendu, de tenter par tous les moyens de faire partir Joe Dalton de son palais. La suivante étant de redonner un peu de vie à ce blog.

Je me souviens de la campagne de 2007. Je publiais en moyenne un billet tous les deux jours sur le sujet, essayant vainement de défendre mes convictions et mon choix de voter pour la première femme arrivant au second tour d’une présidentielle en France. En relisant mes écrits de l’époque (que vous ne trouverez plus ici), je retrouve mes arguments, pas tous pertinents, mais tous sincères.

Cinq ans plus tard, je fais le constat que je ne suis pas au rendez-vous. Je n’en ai pas envie. J’éprouve comme un profond malaise dans cette campagne, quelque chose à la fois malsain et puant. Et comme une certaine fatalité, quelque soit le candidat qui l’emportera.

Je suis allé voter aux primaires socialistes. Je n’avais pas choisi Mister Mimolette. Aujourd’hui, c’est lui que je soutiens, du bout des lèvres, même si, à mon corps défendant, je le trouve plutôt bon quand il s’exprime (bien trop peu à mon goût). En fait, la seule chose que j’attends de lui, c’est qu’il tienne ses promesses en matière de mariage et d’adoption pour les couples de même sexe. Ne soyons pas hypocrite. Le reste, s’il le fait bien, tant mieux, de toute façon, il ne pourra pas faire pire que celui qui est en place.

Il y a aussi les autres candidats. Ceux que l’on retrouve. Point de parole sur la fille de son père. Si je pouvais la choper par les cheveux et lui éclater la tête sur le coin d’un bureau, je le ferai sans hésiter. Et le mec en orange. Alors celui-là, je ne le sens pas plus qu’il y a cinq ans. Ne rêvons pas, c’est un mec de droite. Il ne tiendra aucune de ses promesses sensiblement à gauche. Même si, à mes yeux, c’est sans doute le seul qui soit un peu sincère dans ce qu’il fait.

Et il y a les petits nouveaux. Hier, j’ai fait un sondage à la con pour savoir pour qui mon cœur balance. Philippe Poutou ! Mais c’est que je suis un vrai rebelle ! Par contre, hors de question de voter pour le sosie souriant de Charles Montgomery Burns (vous savez, des Simpsons). Et le meilleur pour la fin : Mélanchon. Pour le coup, je ne comprends pas l’enthousiasme des foules. Vous n’avez pas l’impression de voir le parfait reflet inversé de Sark0zy pour le coup ? Il drague les voix de l’extrême gauche comme l’autre de l’extrême droite. Ils sont aussi populistes l’un que l’autre. Leurs promesses ne seront jamais respectées. Non, pour moi, Mélanchon, c’est le Sark0 de gauche. Je revois dans l’engouement que les gens ont pour lui celui qu’il y avait pour Joe Dalton en 2007.

Vous l’aurez compris. Mon blog sera beaucoup moins politique cette année. J’irai voter, c’est certain. Pour H0llande, sans aucun doute. Mais sans réelle conviction…

L est revenue

Je crois que je n’ai jamais parlé d’L ici. Il faut dire qu’L avait disparu de ma vie depuis bien longtemps quand j’ai entrepris l’écriture de ce blog.

Pourtant, voilà qu’L est revenue. D’un coup. Sans prévenir. Quand mon téléphone a sonné, au milieu d’un supermarché de Séverac le Château battu par une tempête de janvier, jamais je n’aurai cru que ça serait L.

« Bonjour. Je recherche un Stefirst que j’ai connu il y a longtemps et je voulais savoir si c’était vous. »

« Présentez-vous d’abord, je vous dirai si c’est moi ensuite. »

« Et bien nous avons correspondu pendant longtemps. J’habitais en Outre-mer. »

A ce moment là, mon corps a été pris de frissons. Cette voix, cet appel venaient d’un autre temps, d’une autre vie. Cette voix que je n’avais dû entendre qu’une ou deux fois dans mon existence revenait brutalement me rappeler qu’L existait.

Pendant prés de dix ans je pense, et au moins jusqu’en 1992, j’ai correspondu avec L. à raison d’une lettre par semaine. Tout, elle savait tout de moi, même ce que je ne disais pas dans mes lettres, et la réciproque est vraie aussi. Nous avons construit au fil des années une relation, une confiance que peu d’amitiés peuvent connaître. Sans doute le côté « journal intime » que l’on peut conférer à notre correspondance et le fait que nous ne nous soyons jamais vu a aidé. On se confiait tout. Les moments de bonheurs, les peines, les espérances. Deux âmes adolescentes qui parlaient l’une à l’autre.

La correspondance a fini en 1992 ou 1993 je ne me souviens plus bien. Tout ce que je sais, c’est que j’étais déjà à Grenoble. J’ai tenté deux ou trois fois d’envoyer une lettre, mais je n’ai pas eu de réponse.

Pendant ces presque vingt ans qui se sont écoulés, j’ai fait quelques tentatives de recherches. Sur Internet d’abord, sur les réseaux sociaux ensuite. Je ne savais pas qu’elle avait changé de nom pour prendre celui de son mari. L’espoir d’avoir de ses nouvelles était mince.

Et puis ce coup de fil.

Et depuis… Trois ou quatre mails par semaine… La correspondance a repris de plus belle. On se réapprend. On se redécouvre. On se raconte. La teneur de cette nouvelle relation épistolaire n’est pas (encore) celle qu’elle avait sur le papier. Mais nous allons de plus en plus dans le détail, dans les souvenirs afin que l’autre comprenne aussi celui que nous sommes devenus et le pourquoi de certains changements.

Je sais que lorsque j’ouvre ma boîte mail et qu’L m’a répondu, j’ai le même moment de joie que j’avais lorsqu’on me tendait l’enveloppe avec son écrire dessus. Pour vous dire combien L est importante à mes yeux, malgré les années de silence : j’ai gardé toutes ses lettres. Elles sont rangées dans un carton, au grenier. Je ne les ai jamais ni perdues ni jetées.

Et aujourd’hui, j’espère de tout cœur que dans dix ans, nous continuerons à nous écrire. Espoir que je n’aurai pas formulé au tout début de notre correspondance adolescente… L m’a bien donné tort.

Les hommes qui n’aimaient pas les femmes

Millenium restera pour moi, avant tout, une magnifique trilogie de romans policiers dans laquelle je me suis plongé et d’où je suis ressorti la respiration coupée. C’est sans doute elle qui m’a réconcilié avec le thriller en général.

J’ai vu les deux épisodes du téléfilm de Niels Arden Oplev correspondant au premier tome, Les hommes qui n’aimaient pas les femmes, (et dont a été tiré le film sorti en France en 2009), et j’avais trouvé la transposition très (trop) fidèle, se calquant quasiment au mot prêt à la version papier. Les acteurs correspondaient en tous points aux personnages développés par Stieg Larson, mention spéciale à Noomi Rapace dans le rôle de Lisbeth Salander, qui, à mes yeux, était formidable. En gros, je n’avais pas été déçu.

Dimanche soir, j’ai regardé la version américaine, avec Daniel Craig. La caution que peut être David Fincher m’a fait pensé que je ne prenais pas trop de risque. Et là, je dois dire, quel choc visuel ! Le film frôle pour moi la perfection de ce qui pouvait être tiré du roman. Sans le calquer de trop prêt (notamment la fin légèrement remaniée), Fincher a réussi à mettre sur écran l’âme du livre. Daniel Craig y campe un Blomkvist plus vrai que nature. Son côté vieillissant, aux fêlures apparentes, aux faiblesses qui le sont tout autant, casse l’image de l’espion britannique qui aurait pu coller à la peau de l’acteur. Et que dire de Rooney Mara ? Je crois que j’ai préféré son interprétation de Lisbeth, alors que Noomi Rapace avait déjà mis la barre très haut. Le côté légèrement autiste qu’elle a pu donné à Lisbeth m’a bluffé.

Bien évidemment les acteurs ne font pas tout. La mise en scène au millimètre et les images léchées de David Fincher, ainsi que cette ambiance légèrement jaunâtre ont conféré au film une force et une intensité que nous ne trouvons pas dans la version suédoise.

Vraiment, pour ceux qui ont aimé le livre, aucune chance d’être déçu. Et pour les autres, ceux qui ne l’aurait pas aimé ou qui ne l’aurait pas lu, allez-y la conscience tranquille. Un bon moment garanti. Du coup, je languis les deux autres volets.

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